Réédition de l'article paru le 22.10.2007
Site du lavoir de Voisins après sa destruction
Maurice avait prévu d’écrire depuis de longs mois un texte sur le
lavoir de Voisins, mais des problèmes de santé ne lui ont pas permis de le faire plutôt, et la semaine dernière, le lavoir communal de Voisins, laissé à l’abandon depuis de nombreuses
années, a été détruit. Maurice a demandé de publier malgré tout son article.
Beaucoup de communes décident de rénover leur lavoir comme
Thieux, St Soupplets. Des projets sont en
cours à Coulommes et à Boutigny.
La
commune de Claye-Souilly a fait le choix de la destruction
et c’est bien dommage.
Le lavoir de Voisins
04/2005
Témoignage de Maurice
Blouzat
LE LAVOIR DE VOISINS
J’ai connu ce lavoir dès
mon plus jeune âge, ma grand-mère m’emmenait avec elle, assis sur la caisse sur laquelle elle mettait un coussin pour recevoir ses genoux.
Dans mon dos, je sentais la lessiveuse chaude et fumante. Arrivé au lavoir
il fallait que je reste assis sur les marches car elle ne voulait pas me voir sur les pavés qui étaient glissants.
Ce lavoir a été construit en pleine nature, au bout d’une allée, il était entouré de peupliers et d’arbustes sauvages ainsi que de
grandes herbes, le tout dégageant une bonne odeur de verdure.
Je me souviens du brouhaha que les lavandières faisaient dans ce bâtiment où tout résonnait, c’était l’endroit où les femmes se
rencontraient pour travailler mais aussi pour échanger des nouvelles, se raconter des histoires et très souvent rire.
Pourtant il y avait dans les lavoirs (et celui de Voisins en faisait partie) un esprit qui faisait ressortir certaines ambiances,
lorsqu’une nouvelle femme venait pour la première fois au lavoir, elle était malgré son bonjour pas toujours bien accueillie, dès son arrivée les conciliabules cessaient, on regardait cette
nouvelle du coin de l’œil en se demandant comme elle allait s’y prendre pour laver le linge, après quelques minutes de silence la conversation reprenait en ignorant la présence de la
nouvelle.
Il faillait donc que cette personne revienne une ou deux fois pour que les habituées commencent à poser des questions afin de savoir
qui elle était, d’où elle venait. Ce premier échange verbal détendait l’atmosphère et à partir de ce moment là, la nouvelle faisait partie du clan et
les rencontres devenaient amicales.
J’entends encore le claquement des battoirs en bois sur le linge mouillé. Je ressens l’odeur un peu âcre de la lessive « La
Croix », des cristaux, de l’eau de javel sans oublier la boule bleue dans la lessiveuse.
C’était pour moi, non seulement, une sortie mais un plaisir d’être témoin de ces rencontres que l’on appellera beaucoup plus tard
les relations humaines.
Lorsque mes parents se sont fixés à Voisins, c’est ma mère qui a pris le relais de la sienne et dès mes dix ans, c’est moi qui roulait
la brouette jusqu’au lavoir, fier de me retrouver une fois de plus avec toutes ces femmes qui s’échinaient les reins penchées au-dessus de l’eau.
Les années avaient passées, mais rien n’avait changé, ces lavandières de tous âges continuaient à battre le linge, à le brosser, à le
rincer et le balancer par-dessus leurs épaules pour le placer sur la barre en bois qui était derrière elles, pour lui permettre de s’égoutter avant
de le remettre dans la lessiveuse et rentrer à la maison pour l’étendre, le faire sécher et le repasser avant de le ranger dans l’armoire.
Il faut se rappeler que ces pauvres femmes s’arrangeaient pour ne pas être seules à cet endroit car il y avait un risque de tomber
dans l’eau, d’avoir un malaise ou d’avoir la tête qui emporte le reste du corps, en étant trop penchées, et se retrouver à l’eau. Je me souviens encore gamin, donc en 1935 ou 1936 qu’une personne
a été retrouvée noyée, cela m’avait beaucoup marqué.
Il y avait les lavandières qui en faisaient leurs métiers, je me souviens d’Alice Lemoine qui, la pauvre, avait les mains rongées par
la lessive en pratiquant ce dur labeur toute la journée. Son seul repos était de repasser le linge quand le client lui demandait. Pendant qu’elle était au lavoir, une autre lessive était entrain
de bouillir dans le fond de la cour. Elle habitait en face de l’allée qui mène au lavoir.
Avec ma mère, j’avais connu deux générations en ce lieu, j’allais en connaître une troisième lorsque mon épouse a remplacé ma mère
pendant un an, avant que je ne quitte Voisins pour toujours en tant qu’habitant.
Je n’oublierai jamais ce lavoir que je trouvai beau et vivant. J’ai souvent rêvé dans cet endroit que je trouvais poétique, c’était
pourtant un lieu de dur labeur.
Dès que je peux je retourne en ce lieu, qui malgré son état reste pour moi, plein de vie et de
parfum.
Maintenant il faut que les générations à venir et surtout ceux qui
ont le pouvoir fassent l’impossible pour sauvegarder ce lieu où la sueur de ces femmes a marqué pour l’éternité le sol des lavoirs car contrairement
aux machines à laver :
« LES LAVOIRS ONT UNE
AME ».
LA
SOURCE
A noter qu’à côté du lavoir il y avait une source, ce qui
fait que l’endroit était très fréquenté, surtout au moment des fortes chaleurs.
Je me souviens que pendant ces périodes nous allions
les uns, les autres déposer des bouteilles de boisson dans cette source. Nous accrochions nos récipients avec une ficelle, sans mettre notre nom. Chacun retrouvait sa boisson bien fraîche sans
penser à voler ce qui appartenait à son voisin.
Moi qui habitais au 24 rue Eugène Varlin, pas loin de la place de Voisins, cela me faisait du chemin pour me rendre à la source. Il
fallait vite revenir pour éviter le réchauffement de la boisson. Maintenant avec les réfrigérateurs ce trafic a cessé.
Adieu la Source.
Rivière qui passe
le long du lavoir et se jette dans la Beuvronne
Vous pouvez voir d'autres photos du lavoir disparu dans l'album : "Lavoirs"