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CLAYE-SOUILLY DECOUVERTE : HISTOIRE, GENEALOGIE, PATRIMOINE, ENVIRONNEMENT

Eugène VARLIN
VALENTINE ROUSSEAU ET FAUSTINE LÉO | Publié le 29.07.2012, 14h59
Dans la grande cour vide du plus vieux collège de France, à Juilly (Seine-et-Marne), résonnent encore les rires et les larmes des
milliers d’enfants qui, en près de quatre siècles, ont fréquenté cet établissement tenu par les pères de l’Oratoire. Parmi eux, Montesquieu, Colbert et, plus près de nous, Philippe Noiret, Claude Brasseur et encore Jacques Mesrine, qui
écrivait de prison à son copain Jean-Jacques Debout : « Il est loin le bon temps de Juilly… »
Fondé en 1638 sous Louis XIII, cet internat bâti sur une propriété de 23 ha a fermé le 4 juillet.
Le tribunal de Meaux a prononcé sa liquidation judiciaire : l’organisme de gestion (Ogec) affiche une dettet de 1,3 M€.
La succession de directeurs à la compétence discutable aurait entraîné une relâche de la discipline, de moins bons résultats au bac et une baisse continue du nombre d’internes. « En 1998, on
portait des chaussures de ville, on avait la chemise rentrée dans le pantalon, se souvient Mickael Dayan, ancien élève. Puis les caleçons qui dépassent du jean ont été tolérés. » Des dérapages
lors d’une fête de fin d’année scolaire trop arrosée en 2008 ont été de trop. A 8500 € l’année d’internat, les parents — stars de la chanson et patrons du CAC40 pour certains — ne tolèrent plus
cette décadence. Leurs enfants désertent l’internat.
D’ex-élèves devenus célèbres au chevet de l’établissement
Début 2010, l’Oratoire fait appel à Daniel Popesco, ancien cadre de l’industrie, pour présider l’organisme de gestion. Objectif : retrouver un encadrement de qualité et gagner 500 internes pour
atteindre l’équilibre. Rien n’y fait.
Au printemps, c’est le redressement judiciaire. « L’Oratoire a refusé toutes nos propositions, comme la reprise de l’activité à travers des dons défiscalisés, qui permet aux redevables de l’ISF
de payer moins d’impôts », regrette Daniel Popesco.
Quand les anciens élèves, devenus pour certains des hommes d’affaires influents, apprennent la fermeture, ils décident d’actionner leur réseau pour ressusciter Juilly.
Cependant, l’Oratoire refuse de signer un nouveau bail. Son père supérieur, James Cunningham, répète : « L’Oratoire n’a pas de pouvoir de décision. C’est entre les mains du mandataire judiciaire.
» Pourtant, 65% du site appartient aux religieux. Même la grève de la faim d’une semaine, menée par Philippe de Marthe, ancien surveillant, n’a pas fait bouger les choses. Il est pourtant parvenu
à réunir sept hommes affaires, anciens élèves, prêts à débourser 5 M€. Parmi eux, Mickael Dayan. Ce gérant de société de conciergerie de luxe est allé à New York convaincre un Qatarien et un
Suisse d’investir plusieurs millions d’euros pour ouvrir une « hôtellerie scolaire », un internat-palace à l’image de BeauSoleil en Suisse, à 30 000 € au minimum l’année.
« Nous avons un devoir moral de préserver ce patrimoine et de le transmettre », martèle Daniel Popesco. Un devoir tel qu’il s’est même adressé au pape pour faire plier l’Oratoire.
Le Parisien