Mardi 3 janvier 2012
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Le rû des Grues à Souilly
Petite Gazette de Dammartin 4.1.1903
Le père Jean-Baptiste Mabillon n’est pas sociable, insolent, querelleur, brutal, ivrogne et par-dessus le marché braconnier redouté de tous les gardes des environs, ses multiples qualités lui ont
déjà valu onze condamnations.
Il jouit à ce point de l’estime publique qu’on a fini par le repousser de partout et qu’il n’a pu trouver à Claye où se loger.
Il a dû se construire une hutte dans les bois pour ne pas coucher à la belle étoile.
C’est dans un champ avoisinait cette demeure primitive, au lieudit des Grues, que le garde particulier Coquin le rencontra vendredi soir.
- Vous n’avez pas le droit de traverser ce terrain
observa-t-il.
- Qu’est-ce que t’as à dire et à me regarder ? riposta
l’hôte des bois.
Et tout aussitôt saisissant aux cheveux l’occasion de mettre une fois encore son charmant caractère, il ajouta :
- Oui fainéant, crapule, canaille, lâche, tu fais des procès
à faux, mais je te flanquerai un coup de fusil, je t’assassinerai s’il est besoin.
Devant son attitude menaçante le garde jugea prudent de se retirer.
Mabillon le suivit, continuant à l’injurier et à le menacer. Deux jeunes gens, Lecomte et Manou furent les témoins de la scène.
Quand les gendarmes furent au courant de l’aventure ils recherchèrent l'irascible vieillard et lui dressèrent procès-verbal.
Notre homme entra dans une violente colère.
- Méfie-toi Coquin, s’écria-t-il, avant qu’il soit longtemps
je te ferai ton affaire d’une façon ou d’une autre. Je me f… des procès. Si j’avais vingt ans ça ne se passerait pas comme ça. Vous avez tous de la chance que je sois vieux.
Malgré ces réticences il paraît que le garde Coquin n’est pas plus rassuré que cela.